Pourquoi un pays a refusé une marque acceptée ailleurs

Étude de cas sur la subjectivité de l’examen des marques

À retenir : Une marque peut être enregistrée dans plusieurs marchés majeurs et pourtant refusée dans un autre pays important. Dans ce cas, la Corée du Sud a objecté à une marque de la classe 29 déjà acceptée ailleurs, ce qui montre que la sonorité, le sens et la distinctivité perçue ne sont pas appréciés de la même façon par chaque office.

Pour les dirigeants et responsables de marque, la leçon est simple : une stratégie internationale de marque ne consiste pas seulement à déposer dans de nombreux pays, mais aussi à évaluer le risque local en amont et à anticiper des standards d'examen différents.

Sommaire

  • Une marque acceptée dans de nombreux marchés, mais bloquée en Corée du Sud
  • Pourquoi un office a dit non alors que d’autres ont dit oui
  • Les points du raisonnement qui paraissent discutables
  • Pourquoi ce type de refus est si difficile à gérer pour une entreprise
  • Ce que les entreprises devraient faire avant de se développer à l’international
  • Quand changer la marque principale n’est pas réaliste
  • La leçon de fond derrière ce refus
  • Réduire le risque avant de se développer

Une marque peut être acceptée aux États-Unis, dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et dans plusieurs autres marchés, puis se heurter malgré tout à un refus ailleurs. C’est exactement ce qui s’est passé dans ce dossier.

Pour préserver la confidentialité, cet article utilise des marques d’exemple inventées qui reflètent le type de similitude en cause dans l’affaire réelle, sans reprendre les signes effectivement utilisés. La marque déposée prise comme exemple ici est NELDON FARM / 넬던 팜, et la marque antérieure conflictuelle est NELTI / 넬티. Ces signes sont purement illustratifs. Nous ne publions pas les marques réelles tant que l’entreprise étudie encore de nouveaux dépôts dans d’autres juridictions.

En reprenant cet exemple, l’entreprise avait obtenu l’enregistrement d’une marque verbale pour des boissons à base de lait en classe 29 dans plusieurs juridictions. Mais lors de l’examen en Corée du Sud, la demande a été refusée parce que l’office a considéré que NELDON FARM / 넬던 팜 était trop proche de NELTI / 넬티 pour des produits laitiers connexes.

Pour les dirigeants et responsables de marque, c’est le point le plus important : un historique favorable dans plusieurs pays ne garantit pas le même résultat partout ailleurs. L’examen des marques n’est pas un exercice purement mécanique. D’un office à l’autre, le poids donné à la prononciation, à la ressemblance visuelle, au sens conceptuel ou à l’élément jugé distinctif peut varier.

Une marque acceptée dans de nombreux marchés, mais bloquée en Corée du Sud

D’après l’historique fourni pour ce dossier, la marque avait déjà été enregistrée notamment aux États-Unis, au Mexique, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande, en Australie, à Singapour, aux Philippines, au Japon et dans l’Union européenne.

Avec un tel parcours, beaucoup d’entreprises penseraient que les dépôts restants devraient suivre. Au lieu de cela, le refus sud-coréen a bloqué la protection dans un marché que l’entreprise souhaitait exploiter, créant un vrai problème commercial et pas seulement une difficulté juridique.

La difficulté ne venait pas de produits éloignés. Au contraire, ils étaient proches. Les deux signes couvraient des produits laitiers en classe 29, si bien que la comparaison des marques est devenue le point décisif.

Pourquoi un office a dit non alors que d’autres ont dit oui

La réponse courte est la suivante : l’examen des marques comporte une part d’appréciation.

Dans ce dossier, le refus semble s’être appuyé principalement sur deux idées :

  • l’examinateur a considéré que le second terme de la marque était faible ou descriptif
  • l’office a accordé un poids important au rapprochement phonétique avec la marque antérieure

Cette approche a conduit l’office à se concentrer surtout sur NELDON et à considérer que le public pouvait voir NELDON FARM / 넬던 팜 et NELTI / 넬티 comme trop proches pour des produits laitiers qui se recoupent.

C’est là qu’une stratégie de dépôt international devient plus nuancée que beaucoup d’entreprises ne l’imaginent. Deux offices peuvent examiner la même marque pour la même catégorie de produits et parvenir à des conclusions différentes parce qu’ils ne pondèrent pas les mêmes facteurs de la même façon.

C’est aussi pour cela qu’une vraie recherche internationale de marques ne devrait pas se limiter aux antériorités strictement identiques. Elle doit également prendre en compte la manière dont un office donné apprécie la sonorité, le sens et le caractère distinctif de chaque élément du signe.

Les points du raisonnement qui paraissent discutables

Au vu de l’analyse transmise pour ce dossier, la position de l’office sud-coréen n’est pas impossible à défendre, mais elle paraît contestable sur plusieurs points.

1. L’impression d’ensemble a peut-être été réduite de manière excessive

Le refus semble traiter NELDON FARM comme si l’élément réellement distinctif était surtout NELDON, en accordant peu de poids à FARM.

Cette approche est classique en examen de marques, mais elle peut devenir trop rigide lorsque l’expression complète crée une idée de marque reconnaissable. Dans l’alimentaire et les produits laitiers, les références à la ferme font souvent partie de l’identité commerciale. Elles peuvent évoquer l’origine, le style, l’image ou le positionnement, et non un simple ajout négligeable.

Pour une entreprise, cela compte parce que le public ne décompose pas toujours une marque comme le fait un examinateur. Il retient souvent l’impression globale, pas uniquement l’élément jugé dominant par l’office.

2. La similitude phonétique a peut-être été surestimée

L’analyse du refus semble aussi donner beaucoup de poids à la proximité sonore. Cet argument est souvent fort dans l’alimentaire et les biens de consommation, surtout lorsque les produits se recouvrent directement.

Mais la comparaison ne se résume pas toujours à une première syllabe commune ou à un seul son partagé. NELDON et NELTI commencent de manière proche, mais ne se terminent pas de la même façon. Le rythme, la syllabe finale et la cadence changent.

Lorsque la similitude phonétique est discutable, différents offices et juridictions peuvent ne pas être d’accord sur le point de savoir si la proximité suffit à créer un risque de confusion. C’est manifestement l’une des tensions de ce dossier.

3. Les différences visuelles méritent peut-être davantage de poids

Si l’on compare la marque complète à la marque antérieure, l’écart visuel peut être plus significatif que ne le laisse entendre le refus.

Les différences de longueur, de séquence de lettres, de terminaison et de présentation générale peuvent compter, surtout lorsque la marque n’est pas longue. Dès lors que FARM entre dans la comparaison, l’impression visuelle d’ensemble devient plus distincte.

Pour les responsables de marque, c’est un point important, car la marque est le plus souvent rencontrée sur un emballage, en rayon ou sur une place de marché en ligne, donc dans un contexte visuel et non abstrait.

4. L’écart conceptuel peut être le meilleur contre-argument

L’un des arguments les plus convaincants dans ce dossier est que NELDON FARM évoque une entreprise ou un lieu identifiable, alors que NELTI ressemble davantage à un terme inventé.

Cette différence conceptuelle peut réduire le risque de confusion, surtout lorsque la similitude phonétique n’est pas écrasante. En termes simples, le public peut percevoir une certaine proximité sonore tout en gardant des images mentales différentes.

C’est souvent là que les refus paraissent subjectifs aux entreprises. Un office peut voir un concept de marque clair. Un autre peut s’arrêter au son commun et accorder moins d’importance au reste.

5. La théorie de l’abréviation paraît incertaine

L’analyse du refus suggère également que les consommateurs pourraient abréger la marque dans l’usage courant et ne retenir que NELDON.

Cela peut arriver, mais l’argument n’est pas toujours convaincant lorsque la marque est déjà relativement courte et que les deux termes participent à l’identité commerciale. Une entreprise doit rester prudente lorsque l’office suppose que le public va spontanément supprimer une partie de la marque sans élément concret pour l’étayer.

Pourquoi ce type de refus est si difficile à gérer pour une entreprise

Ce qui rend ces dossiers frustrants, ce n’est pas seulement le raisonnement juridique. C’est aussi leur impact commercial.

Un refus dans une seule juridiction peut entraîner des conséquences comme :

  • des retards de lancement dans le marché concerné
  • des incertitudes sur l’emballage, l’étiquetage et les fiches produit en ligne
  • une tension entre adaptation locale et cohérence globale de marque
  • des coûts supplémentaires au moment même où l’entreprise cherche à se développer
  • une incompréhension interne alors que la marque a déjà été acceptée ailleurs

Ce dossier montre aussi pourquoi dire "nous l’avons déjà enregistrée dans d’autres pays" ne constitue pas à lui seul une vraie analyse de risque. Une stratégie large aide, mais elle n’efface pas la subjectivité locale.

Même une stratégie de dépôt international de marque bien pensée doit prévoir la possibilité d’objections propres à certains pays, en particulier dans des secteurs denses comme l’alimentaire et les boissons.

Ce que les entreprises devraient faire avant de se développer à l’international

La leçon pratique n’est pas que le dépôt international serait trop imprévisible pour être géré. La vraie leçon est qu’il faut anticiper dès le départ des styles d’examen différents selon les offices.

Une approche plus solide comprend généralement :

  • la recherche non seulement d’antériorités identiques, mais aussi de marques proches sur le plan phonétique ou conceptuel
  • l’analyse de la manière dont les marchés prioritaires apprécient les termes faibles, descriptifs ou évocateurs
  • un test du signe dans les secteurs où la similarité des produits risque d’avoir un poids décisif
  • la définition à l’avance des pays commercialement stratégiques qui justifieraient un recours
  • la préparation d’un plan alternatif si une marque verbale se heurte à une objection

Ce point est particulièrement important pour les marques de consommation. Si l’emballage, les marketplaces et les campagnes digitales sont déjà alignés sur un seul nom, un refus dans un pays peut vite coûter cher.

Quand changer la marque principale n’est pas réaliste

Dans ce dossier, la recommandation a été pragmatique : plutôt que de modifier la marque seulement pour un marché, il a été conseillé de déposer une nouvelle version intégrant des éléments figuratifs tels qu’ils apparaissent sur le packaging.

Ce type de réponse peut être pertinent lorsque :

  • l’entreprise veut préserver la cohérence de sa marque entre différents marchés
  • la marque verbale se heurte à une objection difficile dans une juridiction donnée
  • la présentation visuelle ajoute de la distinctivité et peut améliorer les chances d’enregistrement
  • le coût et le délai d’un rebranding complet seraient disproportionnés

Ce n’est pas une solution universelle et cela ne règle pas tous les conflits. Mais, dans le bon dossier, cela peut constituer une réponse commercialement raisonnable sans casser la stratégie globale de marque.

La leçon de fond derrière ce refus

Ce dossier rappelle utilement que les droits de marque peuvent être coordonnés à l’international, mais qu’ils restent examinés localement.

Une entreprise peut prendre des décisions de dépôt cohérentes, obtenir des résultats positifs auprès de plusieurs offices et se heurter malgré tout à un refus d’une autorité qui apprécie l’équilibre autrement. Cela ne veut pas forcément dire que le refus est erroné. Cela signifie en revanche que la subjectivité fait toujours partie de l’examen des marques, surtout lorsque les produits sont proches et que la similitude phonétique est discutable.

Pour une entreprise, la meilleure réponse n’est pas la surprise au moment du refus. C’est une meilleure préparation en amont, des priorités définies marché par marché et un plan de repli réaliste si un office adopte une lecture plus stricte.

Disclaimer : Cet article fournit des informations générales et ne constitue pas un avis juridique. Les règles en matière de marques varient selon les pays et selon les faits propres à chaque dossier.

Réduire le risque avant de se développer

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Conrad Fahrenkrug

Conseil Juridique en Propriété Intellectuelle International

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Conrad Fahrenkrug est avocat confirmé chez iGERENT et conseiller expérimenté en propriété intellectuelle internationale. Depuis plus de dix ans, il accompagne des entreprises dans la définition et la mise en œuvre de leur protection à l’échelle mondiale, notamment en matière de marques (recherches d’antériorités, dépôts et suivi des procédures), défense des droits, licences, brevets, dessins et modèles, droit d’auteur, questions réglementaires, ainsi que dans la résolution de litiges liés aux noms de domaine.