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Le Cybersquatting : Définition et Impact sur les Marques

Enregistrer un nom de domaine ne prend que quelques minutes. Construire des droits de marque peut prendre des années. C’est précisément dans ce décalage temporel que prospèrent les situations de cybersquatting et les conflits entre noms de domaine et marques.

La confusion est généralement double : d’un côté, de nombreuses entreprises pensent que le simple fait de posséder un nom de domaine leur confère automatiquement une protection de marque ; de l’autre, certaines estiment qu’une marque déposée leur donne un contrôle automatique sur tous les noms de domaine associés. Aucune de ces hypothèses n’est correcte. Le système des noms de domaine et le droit des marques fonctionnent de manière totalement indépendante, et les problèmes apparaissent exactement à l’endroit où ces deux systèmes se croisent sans s’aligner.

Dans ce guide, nous expliquons les bases de manière concrète : ce qu’est réellement le cybersquatting, comment survient l’atteinte aux droits de marque par le biais d’un nom de domaine, à partir de quel moment l’usage d’un domaine devient illégal, et comment le droit des marques traite ce type de situation.

Qu’est-ce que le cybersquatting ? Définition

Le cybersquatting désigne la pratique consistant à enregistrer ou à utiliser un nom de domaine de mauvaise foi, dans le but de tirer profit d’une marque appartenant à un tiers.

Autrement dit :

Un cybersquatteur n’enregistre pas un nom de domaine pour développer une activité légitime, mais pour exploiter la valeur commerciale d’une marque existante.

C’est le cœur même du cybersquatting et de l’usurpation de nom de domaine liée aux marques.

Comment le cybersquatting se manifeste en pratique

Le cybersquatting recouvre plusieurs comportements typiques de mauvaise foi, notamment :

  • l’enregistrement de noms de domaine identiques à des marques connues, utilisés comme pages « parking » avec des annonces publicitaires ;
  • la rétention d’un nom de domaine correspondant à une marque, suivie d’une proposition de vente à un prix excessif au titulaire de la marque ;
  • la création de faux sites « officiels » destinés à tromper les internautes ;
  • l’enregistrement de noms de domaine comportant des fautes de frappe pour capter un trafic accidentel.

Le point commun est toujours l’intention : tirer délibérément avantage de la notoriété ou de la réputation d’autrui.

Les principales formes de cybersquatting

En pratique, les tribunaux et les panels UDRP identifient plusieurs formes récurrentes de cybersquatting, selon la manière dont le nom de domaine est enregistré et utilisé.

1. Cybersquatting par correspondance exacte

Il s’agit d’enregistrer un nom de domaine strictement identique à une marque existante, sans disposer d’aucun droit légitime sur cette dénomination. C’est la forme la plus évidente d’usurpation de nom de domaine.

2. Typosquatting (usurpation par fautes de frappe)

Le typosquatting est une forme spécifique de cybersquatting qui repose sur l’enregistrement de variantes comportant des erreurs typographiques courantes, afin de capter un trafic mal dirigé et de le monétiser.

C’est dans ce cas que cybersquatting et typosquatting se recoupent le plus clairement.

3. Combo-squatting

Cette pratique consiste à ajouter des termes génériques ou à connotation officielle à une marque, afin de créer des noms de domaine du type marque-officielle.com ou marque-support.net, donnant une fausse impression de légitimité.

4. Cybersquatting de noms de personnes

L’usurpation de noms de domaine fondés sur des noms de personnes (dirigeants, personnalités publiques, influenceurs) est de plus en plus fréquente, que ce soit en vue d’une revente ou pour induire les internautes en erreur.

5. Cybersquatting inverse

On parle de cybersquatting inverse lorsque le titulaire d’une marque tente de s’approprier un nom de domaine enregistré légitimement et utilisé de bonne foi. Les panels UDRP sont aujourd’hui particulièrement attentifs à ce type d’abus.

Quand un nom de domaine porte-t-il atteinte à une marque ?

Un nom de domaine porte atteinte à une marque lorsqu’une personne l’enregistre ou l’utilise d’une manière qui viole les droits d’une marque antérieure, en créant notamment un risque de confusion, en exploitant une réputation existante ou en agissant de mauvaise foi.

Il convient toutefois de le préciser d’emblée : tout nom de domaine similaire à une marque ne constitue pas nécessairement une infraction.

Un domaine ressemblant à votre marque peut être parfaitement licite s’il est utilisé dans le cadre d’une activité légitime et non concurrente. À l’inverse, un nom de domaine apparemment anodin lors de son enregistrement peut devenir problématique en fonction de l’usage qui en est fait par la suite.

Les juridictions et les instances de règlement des litiges examinent notamment :

  • l’usage effectif du domaine : site actif ou simple page parking avec des annonces concurrentes ;
  • le ciblage délibéré d’une marque existante : date d’enregistrement par rapport à la notoriété de la marque ;
  • l’intention de tirer profit de la confusion : par exemple, une offre de revente du domaine à un prix excessif.

C’est pourquoi les cas d’usurpation de nom de domaine sont toujours hautement contextuels : l’intention, le moment et les circonstances concrètes priment largement sur la simple ressemblance avec une marque déposée.

Noms de domaine et marques : deux systèmes juridiques indépendants

Une erreur fréquente consiste à penser que détenir un nom de domaine équivaut à détenir une marque déposée. Ce n’est pas le cas.

Il s’agit de deux systèmes distincts, régis par des règles fondamentalement différentes.

Le système d’enregistrement des noms de domaine

Les noms de domaine sont attribués selon le principe du premier arrivé, premier servi, par des bureaux d’enregistrement opérant sous la coordination de l’ICANN. En enregistrant votreentreprise.com, vous obtenez un contrôle technique sur cette adresse au sein du système DNS.

Rien de plus.

Ce que vous n’obtenez pas, en revanche, c’est un droit juridique sur « VotreEntreprise » en tant que signe distinctif. L’enregistrement d’un nom de domaine ne crée aucun droit de marque.

Le système de protection des marques

Les marques protègent l’usage commercial de noms, logos et autres signes distinctifs pour des produits ou services déterminés et sur des territoires précis. Les droits naissent de l’usage effectif sur le marché et/ou de l’enregistrement auprès des offices compétents. Leur objectif est d’éviter toute confusion quant à l’origine des biens ou services.

Les droits de marque sont par ailleurs sectoriels : une même dénomination peut coexister légalement dans des secteurs d’activité différents.

Là où naissent les conflits

Les conflits apparaissent dans cette zone de recoupement.

Un nom de domaine peut être parfaitement valide sur le plan technique tout en portant atteinte à une marque au regard du droit commercial. De même, une marque peut être pleinement protégée sans conférer à son titulaire un droit automatique sur les noms de domaine correspondants.

Exemple : une personne enregistre apple-electronique.com en 2010. Si ce domaine est utilisé pour vendre des produits électroniques en laissant croire à une affiliation avec Apple Inc., il s’agira très probablement d’une atteinte à la marque, même si l’enregistrement du domaine respecte les règles du DNS.

Quand le cybersquatting devient-il illégal ?

Le cybersquatting est considéré comme illégal lorsque la mauvaise foi est établie.

Les indices les plus fréquents sont notamment :

  • l’intention de vendre le nom de domaine au titulaire de la marque ;
  • la monétisation du domaine via des annonces concurrentes ;
  • des actes d’usurpation d’identité ou de phishing ;
  • le blocage délibéré de l’usage légitime du nom par le titulaire de la marque ;
  • un schéma répété d’enregistrements similaires.

Toute ressemblance n’implique pas automatiquement une infraction : l’élément déterminant reste l’intention et l’usage réel du nom de domaine.

Faut-il déposer une marque pour protéger son nom de domaine ?

Il n’est pas possible de déposer un nom de domaine en tant que marque du seul fait de son existence.

En revanche, il est fortement recommandé de déposer comme marque le nom exploité derrière le domaine, dès lors qu’il est utilisé comme signe distinctif dans le cadre d’une activité commerciale.

Le nom de domaine et la marque constituent des protections complémentaires, et non interchangeables.

Comment prévenir les conflits entre noms de domaine et marques

La prévention reste la meilleure stratégie :

  • déposer la marque le plus tôt possible ;
  • sécuriser les principales extensions et variantes de noms de domaine ;
  • surveiller les nouvelles demandes de marques ;
  • suivre les nouveaux enregistrements de noms de domaine ;
  • documenter soigneusement les dates d’usage et de priorité.

Ces mesures sont particulièrement importantes pour les entreprises ayant une vocation internationale.

Conclusion : le cybersquatting est un risque que l’on peut anticiper

Le cybersquatting n’est pas une exception : c’est une conséquence directe du fonctionnement parallèle des systèmes de noms de domaine et de marques.

La bonne nouvelle, c’est que la majorité des conflits peuvent être évités grâce à une information claire et à une stratégie adaptée en amont.

Si vous êtes déjà confronté à ce type de situation, cet article détaille les étapes à suivre :

» Quelqu'un A Déposé Une Marque Sur Mon Nom De Domaine : Que Faire ?

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Que vous soyez confronté à un conflit entre nom de domaine et marque, que vous envisagiez une procédure UDRP ou que vous souhaitiez simplement sécuriser votre marque de manière préventive, nous pouvons vous aider à analyser votre situation et à définir un plan d’action clair.

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